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LES TRICHEURS sur M6
Le dossier spécial :
Interview de LÉÏLA BEKHTI (VALLY)
Interview de SARA MARTINS (SOPHIE)
et une interview de PASCAL LEGITIMUS (ALEX)

INTERVIEW DE LÉÏLA BEKHTI (VALLY)

Vous jouez la fille de Sophie et la petite-fille d’Alex. Vous sentez-vous plus proche du charmant escroc ou de la flic responsable ? Qui est Vally ?

Je suis proche du charmant escroc sans hésitation car Vally a 16 ans et qu’à cet âge je crois que l’on a pas envie d’être responsable, comme on dit “on n’est pas sérieux quand on a 16 ans”, elle a envie de profiter, de mettre du piment dans sa vie et Alex tombe au bon moment. Vally est avant tout quelqu’un de naturel et d’énergique et va s’accrocher à Alex qu’elle admire en tant que grand-père mais aussi en tant que drôle de cambrioleur. Vally a vraiment envie qu’Alex, sa mère et elle forment une nouvelle famille, elle a également envie qu’Alex et Sophie se réconcilient parce qu’elle souffre de la méfiance de sa mère à l’égard d’Alex.

LEÏLA BEKHTI dans Les Tricheurs sur M6
Cela vous a plu d’avoir Pascal Légitimus en grand-père loufoque ? Que vous a-til apporté sur ce tournage ?

Le tournage et les différentes “lectures” ont crée une véritable complicité entre les comédiens mais aussi avec toutes les équipes. La production avec Patrick Benedek et le réalisateur Benoît d’Aubert ont su donner au tournage une dimension humaine unique.
Pascal Légitimus n’a pas hésité à me donner des petits conseils tout au long du tournage et Sara a vraiment été une “tata” confidente. C’était vraiment agréable de travailler avec cette équipe. J’ai appris également à jouer une jeune fille de 16 ans, ce n’était pas forcement évident au début, je devais être crédible et Pascal Légitimus m’a conseillé de jouer le personnage de Vally le plus sobrement possible afin de ne pas faire de caricature.

Retrouvez également l'interview vidéo de Léïla Bekhti par Louis Carvalho

 

INTERVIEW DE SARA MARTINS (SOPHIE)

“Les Tricheurs” s’inspire en partie de “Family Business” de Sidney Lumet. Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?

C’est justement le fait que ce soit inspiré de ce film avec ce type narration qui m’a plu. J’aime quand les scénarios sortent des narrations traditionnelles policières, quand le scénario sort des séries classiques. Dans “Les Tricheurs”, il y a des intrigues policières
mais il y a aussi des relations familiales particulières qui sont à la fois drôles et douloureuses. Le projet n’était pas forcément écrit pour une famille noire, le projet a évolué et le fait que ce trio familial mette en avant cette diversité m’a convaincu.
Sophie est une femme de tempérament, qui gère à la fois un service d’hommes au commissariat, qui doit s’occuper toute seule de sa fille et elle doit à présent gérer l’arrivée surprise de son père absent depuis des années… C’est une femme moderne et ce personnage m’a totalement séduit car le personnage est complet. Au début, j’avais un peu peur de ne pas être la hauteur sur le plan comique et en même temps j’avais envie de relever ce challenge.

SARA MARTINS dans les Tricheurs sur M6
On vous a vu récemment dans “Les Bleus” sur M6 dans un rôle de “belle arnaqueuse”. On vous retrouve aujourd’hui dans une autre comédie policière en tant que “flic incorruptible”. Qu’est-ce qui vous plaît le plus ?

D’abord, ce n’est pas la première fois puisque mon premier rôle de femme flic était pour M6 dans “Police District”, comme quoi, ces rôles de femme flic à fort tempérament me poursuivent. Ce n’est pas un rôle réduit à une fonction, je suis à la fois une femme flic mais aussi une mère et une fille. Sophie vit dans un contexte particulier : elle vit le quotidien comme n’importe quelle femme mais en même temps, elle a un métier difficile, parfois violent qui la passionne. Sophie est une femme forte, active, moderne mais aussi pleine de doutes.
Concernant mon rôle dans “Les Bleus”, le personnage était certes différent mais il avait comme point commun d’être une femme de tempérament avant tout.

Comment pourriez-vous décrire votre père Alex ? Et votre fille Vally ?

Sophie est un peu une fille à Papa qui prend ses responsabilités à contre-cœur avec la mise sous tutelle de son père. On ne peut pas dire qu’elle admire Alex, mais elle reconnaît que dans le cambriolage, son père est un maître. Ce n’est pas un hasard si elle a choisi le métier de policier, c’est quelque part le meilleur moyen de se rapprocher de son père de façon “responsable”. Je crois qu’elle aime son père, elle est fascinée par son côté Arsène Lupin, elle sait que son père n’est pas un tueur, qu’il n’est pas un méchant, ni un assassin, c’est un simple arnaqueur. Elle a vécu ces moments de manque, sans ce père, elle a vécu l’absence. Aujourd’hui, elle ne veut pas l’excuser non plus mais elle a besoin de lui pour créer une nouvelle famille pour Vally. Sophie a un rapport normal avec sa fille mais elle est loin d’imaginer que Vally ressemble à son grand-père.

On parle beaucoup de diversité à la télévision. Qu’en pensez-vous ?

On ne peut réduire “Les Tricheurs” à ça. On n’en fait pas cas dans le film. C’est amené naturellement dans ce film et rien n’est fait pour expliquer ou justifier la couleur ou la situation sociale de l’un ou de l’autre. Cette histoire a été écrite pour une famille. Ce n’était pas prévu pour une famille noire et c’est cette démarche qui m’a plu.

 

INTERVIEW DE PASCAL LÉGITIMUS (ALEX)

Vous avez de nombreux talents dans “Les Tricheurs” : à la fois magicien, cambrioleur, comédien et père de famille… qu’est-ce qui vous rapproche le plus de votre personnage ?

Je pense être proche de tous ces personnages, ils ont tous une vraie sensibilité, une humanité.
Pour jouer le rôle d’Alex, j’ai essayé de mettre des adjectifs sur chaque rapport avec les personnages. Avec sa fille, il est tendre mais également sur la défensive, avec sa petite-fille, il est paternel et discret, avec la juge, il est charmeur et “réglo” et avec le lieutenant Rocher, il est mystérieux et faussement hors la loi… En fait, le voleur n’est pas un vrai méchant, c’est un homme qui aime le défi, qui aime se mettre en danger. Alex est un cambrioleur mais il ne vole pas parce qu’il a besoin d’argent mais par pur plaisir, il a un côté artiste.

PASCAL LÉGITIMUS dans les Tricheurs sur M6
“Les Tricheurs” est une vraie “comédie policière”. Est-ce cet équilibre entre l’intrigue et l’humour qui vous a attiré dans ce projet ?

Dans les Tricheurs, il y a un bon équilibre entre la comédie et le drame. Pour ma part, je ne suis à l’aise que dans l’ambivalence, entre le drame et la comédie. J’ai été séduit par le second degré du personnage. Alex est une sorte d’ “Arsène Lutin moderne”. Il s’agit ici de donner une réalité tout en faisant rire.

Pouvez-vous nous parler de la relation d’Alex avec sa fille Sophie et sa petite fille Vally ?

Alex a environ 45 ans, il a passé de nombreuses années en prison et il n’a pas beaucoup élevé sa fille Sophie. Il y a donc un trou dans leur histoire malgré les quelques lettres qu’ils se sont échangées. Alex marche sur des œufs avec sa fille et la confiance entre ces deux personnes n’est pas acquise. Il a conscience qu’il lui manque des choses, une fibre paternelle conventionnelle, mais que contrairement à certains pères qui ont la frousse de leur paternité, Alex va essayer de se “re-ploguer” à l’histoire de sa fille. Il va essayer de revenir dans la vie de sa fille par diverses attentions, du compliment au cadeau, mais cette relation restera toujours sensible.
Avec sa petite fille Vally, c’est différent, ici Alex se dit qu’il n’est pas trop tard et qu’il doit essayer de faire ce qu’il n’a pas pu faire avec sa fille, de ne pas se louper une seconde fois. Il va essayer de lui transmettre son art tout en créant une complicité.

Après ce tournage, quels conseils pourriez-vous donner à des cambrioleurs en herbe ?

Il y a parfois une éthique parmi les cambrioleurs et il y a surtout les grands et les petits cambrioleurs. Alex fait pour moi partie des grands. Avec ce tournage, j’ai appris notamment qu’il ne faut surtout pas faire un cambriolage pour l’argent mais pour le plaisir. Il doit être cultivé, passionné et savoir anticiper ses arnaques : sans préparation le cambrioleur court à l’échec.
 
INTERVIEW DE RAOUL PECK, réalisateur de « L'Affaire Villemin » sur France 3

En cet été 2003, je suis allé à ce premier rendez-vous avec appréhension. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Curieux, tendu, j’allais comme à la rencontre de parents lointains dont on m’avait beaucoup parlé. Laurence, mon amie d’enfance, m’y attendait. C’est elle qui a organisé la réunion. Cela fait longtemps qu’elle me parle de cette histoire. Une histoire qui lui a coûté son métier, son bien-être matériel, une partie de sa vie. Elle était jeune journaliste, 24 ans comme Christine. Elle vient d’une famille catholique d’Orléans, ville où j’ai fait mes classes secondaires. Sa famille m’a accueilli. J’avais 12 ans. 

Combien de fois ai-je relu ces premières lignes du Bûcher des innocents ? « Les goûters de mon enfance surgissent soudain de ma mémoire. Un parfum de chocolat saupoudré en copeaux sur une tranche de pain frais et beurré. Ce souvenir gourmand, 
depuis longtemps oublié, me surprend à l’instant où je fixe la pendule de la voiture à l’arrêt : il est 16 heures. L’heure du goûter. L’enfant qui m’a conduite ici, lui, ne goûtera plus jamais, car il est mort. Assassiné, avant-hier soir... » 

Je vois distinctement les premières images, l’ambiance, les couleurs, le rythme. Tout est limpide. Un thriller inexorable, une machine dramatique que rien ne peut arrêter. Mais déjà, après quelques chapitres, insidieusement, la matière fait peur. 
Raoul Peck sur le plateau de l'Affaire Villemin
Raoul Peck sur le plateau de l'Affaire Villemin
Le carnet personnel de Laurence s’est transformé en radiographie implacable d’une débâcle médiatique, d’une dérive judiciaire, d’un amoncellement de bêtise humaine, avec pour faire-valoir une opinion publique comptant les points. 

Un juge trop jeune, trop inexpérimenté… Déjà en quelques jours, en quelques chapitres, trop de mensonges, trop d’erreurs, trop de destins piétinés dès le départ. Pour rien. Et puis l’injustice. Cette injustice présente très tôt, elle aussi. Une injustice que rien ne peut plus combler de part et d’autre et qui, bientôt, lamine tous les intervenants sans distinction. La pente est lourde à remonter. Comment arriver à aimer ces personnages ? Car, pour écrire, il faut aimer. Un peu. Le fait-divers déjà macabre, devient scabreux. Pas un individu n’en sort grandi. Les éléments de l’enquête sont consternants. Comment parler de cette histoire d’amour que je pressens sous le bruit et la fureur ? Ainsi, année après année, comme à chaque fois au bout de ma lecture, autant avec regret que soulagement, je renonçais : « Laurence, vraiment, ce n’est pas une histoire pour moi. » 

Depuis que je fais du cinéma, tous mes films traitent finalement du même thème, du même sujet. Comment redonner, au ras de la réalité et tout en restant dans le cadre du cinéma (et non du didactique), toute l’absurdité, la violence, les contradictions de ce monde dans lequel nous vivons. Et ceci, je ne peux le mener à bien qu’à travers un lien particulier, personnel, intime. Ce que je ne n’arrivais pas à faire dans le cas de L’Affaire Villemin

Et puis, l’été 2003, il y a cette rencontre. Un couple « simple, gentil, sans histoire », comme le dit l’un des personnages du film. Je découvre une humanité qui fait sens. Quelques signes, insignifiants pour d’autres, essentiels pour moi. A partir de là, le film devient possible. 

Deux ans plus tard, autour de moi, une équipe dévouée et soudée, des acteurs motivés d’un bout à l’autre. Du plus petit rôle au plus complexe, chacun apporte sa pierre à l’édifice. Les mots prennent vie, prennent sens. De longues journées de travail, six heures de film, soit l’équivalent de trois longs-métrages. Tous s’investissent dans une « vraie » histoire avant d’être une histoire vraie. Pendant soixante-huit jours, nous avons exclu le reste du monde de notre quotidien. Chacun a donné sa part de vie, de souffrances, d'angoisses, de doutes. 

Aujourd’hui, nous désirons partager le résultat avec vous. Une rencontre. Une histoire. Celle que je porte maintenant avec moi. 

Raoul Peck
 
 
 
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